LE JOURNAL
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Avec un chiffre d’affaires global de 102,75 milliards de dinars au terme du premier semestre 2026, en progression de 3,0 % sur un an, le secteur national des assurances affiche une stabilité de façade. Les chiffres publiés par la note de conjoncture du Conseil national des assurances (CNA) témoignent pourtant d’une fragilité financière persistante.
Derrière les 44,11 milliards de DA d’indemnisations décaissées (+22,1 %), l’industrie continue de buter sur son principal angle mort, une accumulation chronique de passifs non purgés . Cette dette latente envers les assurés hypothèque la rentabilité des acteurs et forme une véritable épée de Damoclès sur les grands équilibres financiers du marché.
Un stock d’arriérés supérieur à la production semestrielle
Au 30 juin 2026, la réserve des sinistres à payer (SAP) atteint le niveau critique de 132,79 milliards de DA pour plus de 1,56 million de dossiers en attente . En clair, le volume des indemnisations en suspens excède à lui seul l’ensemble de la production semestrielle du secteur. Si l’on note un très timide repli de 1,0 % par rapport au premier trimestre 2026, le stock progresse de 3,2 % (+4,07 milliards de DA) comparativement à la fin de l’exercice 2025.
Ce rythme d’accumulation, certes lent en glissement semestriel, traduit une inertie structurelle qui pèse de plus en plus sur les bilans techniques. Avec un taux de règlement global qui plafonne à 24,9 % en montant, la cadence des décaissements ne suffit pas à inverser la tendance. Pour nombre de compagnies, le provisionnement réglementaire de cette masse d’engagements rogne les fonds propres et menace directement les ratios de solvabilité à terme.
L’automobile, moteur de chiffre d’affaires et gouffre technique
Ce fardeau demeure indissociable de la branche Automobile. Prépondérante, elle génère 44,80 milliards de DA de primes (+12,4 %) et accapare 54,8 % des assurances de dommages. Portée par la reprise des importations de véhicules de moins de trois ans et la hausse des souscriptions « Tous Risques » , cette dynamique d’encaissement ne compense pas sa sinistralité. À elle seule, la branche concentre 50,18 milliards de DA d’arriérés de paiement, soit près de 1,44 million de dossiers.
Le ratio combiné de la branche pâtit de deux facteurs, une concurrence tarifaire agressive historiquement menée par le dumping sur les garanties obligatoires et facultatives, conjuguée à une envolée sans précédent du coût moyen des réparations tirée par l’inflation des pièces de rechange importées. Malgré les liquidations opérées via la plateforme E-Recours, l’automobile fonctionne comme un aspirateur à liquidités sans générer de rentabilité nette.
Des branches relais incapables de résorber le passif
Pour redresser leurs marges et apurer ces stocks, les assureurs ne peuvent pas compter sur les autres segments. Loin d’absorber le marasme, l’assurance Incendie et Risques Divers (IRD) a vu son chiffre d’affaires reculer de 12,4 % à 29,60 milliards de DA, plombée par l’effondrement des polices d’engineering chantiers et montages (-38,5 % sur les autres dommages aux biens). L’IRD traîne par ailleurs un encours lourd de 68,69 milliards de DA de sinistres à payer non soldés.
De son côté, l’assurance de personnes progresse modérément (+5,8 % à 13,36 milliards de DA) sous l’impulsion des contrats de groupe, mais son assiette reste trop étroite (13 % du marché) pour rééquilibrer les comptes d’exploitation globaux. Sans réforme en profondeur de la tarification automobile et sans accélération drastique des liquidations, la bulle des impayés continuera de comprimer les marges de manœuvre de la profession.
Source : Maghreb Émergent