LE JOURNAL
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Le 22 octobre 1956, il y a 70 ans, dans la matinée, à Rabat, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella, Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf et Mostafa Lacheraf prenaient place avec des journalistes dans un avion commercial, un DC 3, affrété par la compagnie « Air Maroc », et mis à leur disposition par le gouvernement marocain. Destination : Tunis. Avant le vol, les cinq chefs du FLN s’étaient entretenus avec le roi du Maroc, Mohammed V et son fils, le prince Hassan, à Rabat. On sait qu’il était question d’une conférence à Tunis. L’avion a été retardé à l’escale technique de Palma et le pilote français du DC3 contraint de faire route sur Alger. Un appareil de chasse l’y accompagnera discrètement. L’hôtesse sera chargée de tirer les rideaux des hublots afin que les passagers n’identifient pas l’approche d’Alger. En fait, l’avion a été arraisonné en plein vol par l’armée française et forcé d’atterrir à l’aérodrome d’Alger, et les cinq chefs historiques de la glorieuse Révolution de libération sont arrêtés. Après de longs et épuisants interrogatoires dans les locaux de la DST à Bouzaréah, les cinq dirigeants ont été emprisonnés en France, tour à tour, à la prison de la Santé, à l’île d’Aix, au château de Turquant et à Aulnoy, où ils ont été séquestrés jusqu’à l’indépendance du pays. En octobre 1956, la lutte de Libération nationale déclenchée le 1er novembre 1954 battait son plein. Un an avant, en août 1955, les offensives du Nord-Constantinois, dirigées par le chahid Zighoud Youcef, avaient eu un large écho tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Sur le plan intérieur, elles ont contribué à renforcer l’adhésion du peuple algérien à la Révolution. Elles ont constitué une réponse forte à la propagande coloniale qui tentait de minimiser la puissance et l’ampleur de la glorieuse Guerre de libération, notamment sur le plan militaire, en mettant en évidence le savoir-faire militaire dont faisaient preuve les moudjahidine de l’Armée de libération nationale (ALN). Ces opérations ont démontré l’extension de l’activité armée de la glorieuse Guerre de libération à plusieurs régions du pays, ainsi que la capacité des moudjahidine à prendre le contrôle de lieux et de zones que l’armée coloniale française prétendait maîtriser et contrôler. Sur le plan extérieur, la cause algérienne a été internationalisée à l’Assemblée générale des Nations unies, après que le blocus médiatique que la France coloniale cherchait à imposer pour empêcher la voix de la cause algérienne de parvenir au monde eut été brisé, a précisé l’intervenant. L’année 1956, elle-même, avait été marquée par deux événements majeurs qui confirmaient l’irréversibilité de la lutte armée pour l’indépendance nationale : le 19 mai 1956, des lycéens et des étudiants ont pris la décision d’interrompre leurs études et de répondre à l’appel du FLN, pour rejoindre leurs frères de combat ; puis la tenue des assises de la Soummam, le 20 août 1956, pour donner une armature organisationnelle et politique à la lutte de libération nationale. En effet, la tenue du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, dans la région d’Ifri, dans la wilaya de Béjaïa, a permis de mettre en place des cadres et des structures pour organiser la Guerre de libération, à travers la coordination des efforts entre les différentes régions du pays, la réorganisation des wilayas historiques de la Révolution en six wilayas, ainsi que l’organisation du fonctionnement des unités de l’ALN selon des procédures rigoureuses. C’est dans ce contexte que le colonialisme français, poussé à bout par les combattants de l’ALN, commettait le premier acte de piraterie internationale. L’arrestation de ces dirigeants n’a rien changé à la conduite de la guerre de libération nationale, contrairement à ce que pensaient les « stratèges » de l’armée coloniale. Au contraire, il y a eu une accélération des événements, la Révolution, comme l’ont souligné les historiens, étant profondément enracinée au sein du peuple algérien et nullement tributaire de personnes ou de directions particulières. M. R.
Source : Le Courrier d’Algérie