LE JOURNAL
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Près d’un an après son annonce, l’opération portant sur l’acquisition de 45 % des parts de cette filiale du groupe maritime Boluda, qui exploite plusieurs terminaux portuaires en Espagne, n’a toujours pas reçu le feu vert de l’exécutif. Le ministère de l’Économie a confirmé que le dossier reste soumis à un examen approfondi de la Junta de Inversiones Exteriores (Jinvex), l’organe chargé d’évaluer les investissements étrangers susceptibles de présenter des risques pour les intérêts nationaux.
Sous surveillance sécuritaire
La procédure implique plusieurs départements ministériels, ainsi que le Centre national de renseignement (CNI) et le Département de la sécurité nationale. Cette mobilisation institutionnelle témoigne de la dimension stratégique prise par l’opération, qui concerne des infrastructures portuaires essentielles.
La direction de Boluda cherche à rassurer les autorités espagnoles en faisant valoir que le groupe conservera le contrôle opérationnel de BMT. L’entreprise marocaine ne doit en effet acquérir que 45 % du capital, Boluda restant majoritaire. Cette garantie n’a toutefois pas permis de débloquer le dossier, toujours en cours d’examen près d’un an après l’annonce de l’accord.
Le contexte de Ceuta et la rivalité portuaire
Le blocage prolongé intervient dans un climat de méfiance persistante entre Madrid et Rabat, sur fond de tensions diplomatiques passées, notamment lors de la crise migratoire de Ceuta. La dimension sécuritaire de l’opération s’inscrit ainsi dans un contexte politique qui dépasse les seuls intérêts commerciaux des deux groupes.
Au-delà des considérations de sécurité nationale, le dossier met en lumière une autre préoccupation espagnole : la montée en puissance de la logistique portuaire marocaine, qui bouleverse les équilibres traditionnels en Méditerranée occidentale.
Le complexe portuaire de Tanger Med a dépassé en volume de conteneurs plusieurs grands ports espagnols historiques, dont celui d’Algésiras. Le développement d’infrastructures comme Nador West Med doit encore renforcer les capacités portuaires du royaume et consolider sa position dans les échanges maritimes internationaux.
Rabat conduit une stratégie volontariste de développement de ses infrastructures et de ses opérateurs portuaires, avec l’ambition de faire du Maroc une plateforme logistique de premier plan entre l’Europe, l’Afrique et les routes maritimes mondiales.
Dans ce contexte, l’entrée de Marsa Maroc au capital d’une entreprise exploitant des terminaux en Espagne revêt une portée particulière. L’opération donnerait à un acteur marocain une participation directe dans un réseau portuaire espagnol, notamment aux Canaries, tout en lui permettant de renforcer son expérience et sa présence sur un marché européen.
Le gouvernement de Pedro Sánchez se trouve ainsi confronté à un arbitrage entre l’ouverture aux investissements étrangers et la protection d’infrastructures considérées comme stratégiques. Le recours à la Jinvex permet aux autorités d’examiner les implications de l’opération avant de se prononcer sur son autorisation. Tant que cet examen n’est pas achevé, l’entrée de Marsa Maroc au capital de Boluda Maritime Terminals reste suspendue.
Source : Maghreb Émergent