LE JOURNAL
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Le projet de résolution américain sur le Sahara occidental, profondément partial et déséquilibré, pourrait ouvrir une nouvelle phase du conflit s’il était adopté par le Conseil de sécurité sans modifications substantielles.
En érigeant le plan d’autonomie marocain en base exclusive des négociations, ce texte risque de compromettre tout règlement mutuellement accepté, en privilégiant une option politique contestable au détriment du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
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C’est précisément ce déséquilibre qui explique la fermeté du Front Polisario, lequel menace de se retirer du processus politique si le projet n’est pas profondément remanié. Une telle décision priverait les négociations de la participation de l’un des principaux protagonistes du conflit, reconnu par l’ONU comme représentant du peuple sahraoui.
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Washington et Rabat pourraient alors imputer au Polisario la responsabilité de l’impasse. Une telle interprétation, pour le moins tendancieuse, occulterait toutefois le caractère profondément inéquitable d’un processus fondé sur une option politique prédéterminée, qui ne laisserait guère de place à une négociation véritablement ouverte et à un compromis mutuellement acceptable.
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La MINURSO face au risque de démantèlement
Au-delà du contenu politique du projet, l’avenir de la MINURSO constitue un autre enjeu majeur. Le texte prévoit une réduction importante de ses effectifs militaires, la fin de son mandat de maintien de la paix, puis sa transformation en mission politique spéciale. Si ces dispositions étaient adoptées et mises en œuvre, elles affaibliront les mécanismes internationaux de surveillance, de liaison et de prévention des incidents.
Dans un contexte de blocage politique, cette évolution rendrait les tensions plus difficiles à contenir et pourrait favoriser une intensification des hostilités entre le Maroc et le Polisario.
Une possible extension militaire marocaine à l’est du berm
Une autre hypothèse, particulièrement préoccupante, mérite dès lors d’être examinée. Rabat pourrait chercher à tirer parti d’une réduction de la présence internationale (voire du démantèlement complet de la Mission) pour étendre son contrôle au-delà du berm, dans les territoires libérés sous contrôle du Polisario malgré l’utilisation des drones israéliens et français dont l’achat est financé par les Emirats arabes unis.
Si une telle opération était engagée, elle provoquerait une réaction vigoureuse du Polisario, accentuerait les tensions avec l’Algérie et aggraverait les risques d’instabilité régionale, avec des conséquences humanitaires et sécuritaires graves.
Russie et Chine : des réserves qui pèsent sur les négociations
L’évolution de la situation dépendra largement des arbitrages diplomatiques à venir, notamment des amendements négociés au Conseil de sécurité, des positions de la Russie et de la Chine et de la capacité des États-Unis à préserver un cadre de négociation auquel les parties accepteraient encore de participer.
Des membres du Conseil, notamment la Russie et la Chine, devraient ainsi s’employer à amender et à rééquilibrer le texte, afin d’éviter qu’il ne crée un précédent susceptible de fragiliser les principes du droit international et de remettre en cause les paramètres consacrés par les propres résolutions du Conseil. Leurs abstentions lors de l’adoption de la résolution 2797, le 31 octobre 2025, avaient déjà révélé de profondes réserves.
La Russie avait dénoncé le déséquilibre du texte, l’instrumentalisation du Conseil de sécurité, la rupture avec la recherche du consensus et le caractère précipité des négociations conduites par le penholder américain.
Elle estimait également que le projet s’éloignait des fondements établis par les Nations unies pour le règlement du conflit. La Chine avait, pour sa part, plaidé en faveur d’un texte plus équilibré, appelant à un consensus plus large et au respect des buts et principes de la Charte des Nations unies.
Ces positions soulignent les divergences persistantes au sein du Conseil sur les conditions d’un règlement politique juste et durable. Reste toutefois à savoir dans quelle mesure Washington acceptera les amendements proposés et jusqu’où il sera disposé à assouplir sa position avant d’atteindre les limites de sa propre marge de manœuvre diplomatique tout au service du fait accompli colonial.
Le risque d’une rupture politique et d’une escalade militaire
Le scénario le plus préoccupant serait la convergence de trois évolutions négatives : l’adoption d’un texte jugé inacceptable par le Polisario, son retrait du processus politique et la réduction des capacités opérationnelles de la MINURSO.
Une éventuelle offensive marocaine à l’est du berm, dans ce contexte déjà dégradé, aggraverait considérablement les risques d’escalade et pourrait donner au conflit une dimension régionale plus dangereuse.
Il importe néanmoins de rappeler qu’une résolution du Conseil de sécurité, aussi déterminante soit-elle sur le plan diplomatique, ne suffit pas à imposer un règlement durable.
Elle peut modifier le cadre des discussions et influer sur les rapports de force politiques, mais elle ne saurait se substituer à un accord accepté par les protagonistes ni faire disparaître les causes profondes du conflit qui concerne un territoire non autonome éligible à l’autodétermination conformément au droit international.
L’absence de l’un des principaux protagonistes à la table des négociations, conjuguée à l’affaiblissement des garanties internationales et à la marginalisation du droit à l’autodétermination, ferait peser une menace sérieuse sur l’avenir du processus politique.
Le passage d’un conflit de basse intensité à une confrontation d’une ampleur supérieure ne compromettrait pas seulement les perspectives d’un règlement au Saharaoccidental. Il accentuerait également les tensions et les risques d’instabilité dans la région.
Conclusion : Washington face à ses responsabilités
En définitive, il reste à espérer que le penholder américain fasse preuve de sagesse et de réalisme en acceptant des amendements substantiels susceptibles de rééquilibrer, un tant soit peu, ce texte profondément contestable.
À défaut, cette résolution risque non seulement de précipiter l’effondrement du processus politique, mais aussi de compromettre durablement la sécurité et la stabilité de l’ensemble de la région.
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Source : TSA Algérie