LE JOURNAL
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MEED a rapporté le 20 octobre que le chinois HQC, l’égyptien Enppi, l’espagnol Técnicas Reunidas et le britannique Wood ont été présélectionnés pour des contrats d’ingénierie de base (FEED), d’acquisition de licences de procédés et de gestion de projet (PMC) liés à deux chantiers de Sonatrach. Le premier est une unité de production d’huiles de base des groupes II et III à la raffinerie d’Arzew. Le second, un complexe pétrochimique d’éthylène dans la zone industrielle de Skikda. Lancée en août 2025, la procédure de préqualification a été prorogée à plusieurs reprises avant que la liste ne soit arrêtée, selon Algérie 360. Les contrats de construction ne sont pas attribués.
Ces deux dossiers relèvent du programme de développement de la pétrochimie 2025-2029, doté de 7 milliards de dollars, qui vise à porter le taux de transformation locale des hydrocarbures de 32 % à 50 %, d’après Algérie 360. Les huiles de base sont utilisées dans la fabrication des lubrifiants moteurs et industriels. L’éthylène, lui, sert à environ la moitié de la production mondiale à fabriquer du polyéthylène, rappelle MEED. Deux marchés distincts, donc deux factures à examiner séparément.
La première est celle des plastiques. Selon le bilan du commerce extérieur de 2025, les importations de matières plastiques et d’ouvrages en plastique ont atteint 2,57 milliards de dollars, en recul de 17 %. Cela représente environ 5,3 % des 48,78 milliards d’achats totaux du pays. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) avance d’autres chiffres, 2,79 milliards en 2024 puis 2,98 milliards en 2025, soit une hausse là où le bilan commercial relève une baisse. Ce dernier place d’ailleurs 2024 autour de 3,1 milliards, au-dessus de ce que retient l’AAPI. Le périmètre de chaque série n’est pas précisé.
La seconde est celle des lubrifiants. La consommation d’huiles moteur a atteint 148 000 tonnes en 2024, contre 130 000 en 2023, soit 14 % de plus, a indiqué en janvier 2025 le président de l’ Autorité de régulation des hydrocarbures , Rachid Nedil, pour qui la production locale couvre une grande partie de la demande. Le ministre du Commerce, Tayeb Zitouni, a de son côté avancé que plus de 70 % des besoins en lubrifiants synthétiques étaient couverts par des usines installées dans le pays . Or, Sonatrach décrit Arzew comme le seul producteur national d’huiles moteur et range elle-même les huiles de base parmi les produits que ses raffineries destinent à l’exportation.
Des verrous qui retardent l’effet sur la balance
Le premier obstacle est statistique. Le volume et la valeur des importations d’huiles de base des groupes II et III, ainsi que celles d’éthylène, n’apparaissent pas dans les informations publiées jusqu’ici sur ces projets. Sans ce socle, le gain annoncé ne peut pas être chiffré. Les capacités et l’enveloppe budgétaire restent aussi à fixer, puisque les études FEED doivent préciser le périmètre exact de chaque projet.
Le calendrier pèse ensuite. Le complexe de polypropylène d’Arzew , dont le contrat de 1,5 milliard de dollars a été attribué en mai 2023 au consortium Petrofac-HQC, prévoit 42 mois de réalisation. Ce délai ne commence qu’après les études et le choix d’un entrepreneur. Appliqué aux deux nouveaux projets, il laisse penser que les premières tonnes ne sortiraient pas avant 2030.
Reste l’adéquation entre les produits et la facture. Le polypropylène d’Arzew, d’une capacité de 550 000 tonnes par an, a été conçu pour couvrir un marché national estimé à 120 000 tonnes et exporter le surplus, selon l’APS. C’est plus de quatre fois la demande intérieure. L’éthylène, lui, est un produit intermédiaire. Sonatrach avait déjà présenté un projet de vapocraquage à Skikda comme une réponse aux besoins en éthylène du complexe CP2K , alors importé. Cette unité produit 130 000 tonnes par an de polyéthylène haute densité. L’effet le plus direct serait donc de remplacer l’éthylène acheté à l’étranger. L’impact sur la facture plastique dépendra ensuite d’unités de transformation en aval, dont Algérie 360 souligne qu’elles restent à développer, tout comme les réseaux de transport et les capacités de stockage.
Le dispositif suit la logique des précédents chantiers de Sonatrach, avec les études et les licences d’abord, la construction ensuite. Le choix des procédés fixera les spécifications des produits, la consommation d’énergie et les coûts d’exploitation. Pour le polypropylène d’Arzew, le financement a été arrêté à 70 % par crédit et 30 % sur fonds propres. Le complexe d’alkylbenzène linéaire de Skikda, confié à l’italien Tecnimont en mars 2024 pour 1,05 milliard de dollars, montre à quoi ressemble une substitution directe. Il doit produire 100 000 tonnes par an , réception prévue en 2027, d’un produit que l’Algérie importe pour fabriquer des détergents.
Le programme engage 7 milliards de dollars pour passer de 32 % à 50 % de transformation locale, alors que les importations du pays ont atteint 48,78 milliards en 2025. La part de ces achats qui remplacera les projets d’Arzew et de Skikda ne sera connue qu’avec les études FEED, qui doivent fixer les capacités et le budget.
Source : Maghreb Émergent