LE JOURNAL
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Chaque événement en France, d’ampleur ou anodin, donne à constater l’incohérence chronique de la grande famille de l’extrême-droite qui englobe désormais un large faisceau de formations et de personnages politiques, allant du parti fondé par Jean-Marie Le Pen jusqu’à beaucoup de ceux qui se réclament encore de la « droite républicaine » et des personnages du centre de l’échiquier politique.
Toutes ces voix dénoncent à l’unisson les actes de saccage et de violence qui ont émaillé les manifestations contre la vie chère du samedi 17 octobre et s’offusquent que des jeunes Français fassent preuve d’« incivisme » et s’attaquent aux édifices publics de leur propre pays.
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« Français de papier » : des juifs aux musulmans
Des jeunes que ces mêmes voix n’ont de cesse de traiter, depuis quelques années, de « Français de papier ». La responsabilité de ce qui arrive incombe aussi, et surtout, à un discours qui a trop longtemps stigmatisé, marginalisé et essentialisé une frange entière de la population française.
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L’expression « Français de papier » n’est ni d’Éric Zemmour ni de Bruno Retailleau ni de tous ceux qui, matin, midi et soir, tapent sur l’immigré, le musulman, l’Africain, le Maghrébin ou l’Algérien.
Elle est née à une autre époque, lointaine, celle de la France antisémite de l’entre-deux-guerres. L’expression d’origine était « Français de papier timbré ». Elle désignait le juif. Aujourd’hui, le descendant d’immigrés , précisément ceux qui ont des origines musulmanes ou africaines. De l’antisémitisme à l’islamophobie, le racisme n’a fait que changer de nom. Et de cible évidemment.
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« Français de papier » contre « Français de cœur »
Le « Français de papier » est opposé au « Français de cœur ». La trouvaille est de Valérie Pécresse, de la droite dite « républicaine ». Comme quoi, la stigmatisation des immigrés et de leurs descendants n’est plus l’apanage de l’extrême-droite en France. Elle est partagée par un large pan de la classe politique.
Elle ne cible pas que les « casseurs » ou les « dealers » des quartiers populaires, mais aussi ceux qui ont porté haut les couleurs de la France, comme le footballeur Karim Benzema. Quand on est d’origine algérienne, musulmane, africaine ou maghrébine, on est « Français de papiers » et on le reste, quoi qu’on fasse.
En plus de vivre dans des quartiers défavorisés, d’être discriminés à l’emploi et dans d’autres domaines, les jeunes des banlieues entendent quotidiennement un discours qui leur rappelle qu’ils ne sont pas tout à fait Français, qu’ils sont différents du reste de la population, celle que la terminologie du courant xénophobe classe dans la case des « Français de souche ».
Les faits divers sont traités par une grande partie des médias suivant qu’ils sont commis ou non par un Français issu de l’immigration. Le premier élément scruté dans un crime, pour déterminer s’il doit occuper les Unes et les plateaux ou être relégué à quelques lignes dans la case des faits divers, c’est le prénom du présumé auteur.
Il en est ainsi depuis plusieurs années dans une galaxie entière de médias dont la mission première est de porter la montée de l’extrême-droite en promouvant son discours xénophobe.
La violence naît aussi de l’exclusion et du rejet
Pendant les dernières manifestations des lycéens, la violence policière s’est abattue sur les « jeunes racisés des banlieues » plus que sur les autres. Le constat et l’expression sont du syndicat français des magistrats.
Cette discrimination entre les citoyens français dans le discours et sur le terrain, il est arrivé au courant extrémiste de proposer de l’institutionnaliser.
En juillet 2024, en pleine bataille électorale des législatives, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont proposé d’exclure les binationaux de certaines fonctions dans les secteurs stratégiques. Ce sont ces mêmes personnages qui, aujourd’hui, sont aux avant-lignes de l’indignation du soi-disant peu d’intégration, de civisme et de patriotisme de ceux qu’ils ont décrétés moins Français que les autres ou pas du tout Français.
Quand bien même il y aurait une grande proportion de jeunes issus de l’immigration parmi les émeutiers – ce qui reste à démontrer par des chiffres implacables –, leur comportement, sans être justifié, s’explique : la violence naît aussi de l’exclusion et du rejet. La violence verbale qu’une partie de l’élite française exerce, en toute liberté, à longueur de journée sur les plateaux télé réservés à la stigmatisation de l’autre, produit de la violence physique.
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Source : TSA Algérie