LE JOURNAL
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La formation du nouveau gouvernement marocain, cette semaine, issu des élections du 23 septembre, met en lumière les différences entre les systèmes politiques du Maghreb. Au Maroc, les négociations entre partis permettent de constituer une majorité parlementaire. En Algérie, la Constitution prévoit deux scénarios selon la nature de la majorité issue des urnes. En Tunisie, le président de la République nomme le chef du gouvernement sans que cette nomination soit conditionnée par le parti arrivé en tête des législatives
La formation du nouveau gouvernement marocain illustre le rôle des alliances politiques dans la constitution de l’exécutif. Après les élections législatives du 23 septembre 2026, le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête avec 97 sièges, a conclu un accord avec trois autres formations pour constituer la nouvelle majorité gouvernementale. Cette coalition réunit également l’Istiqlal (65 sièges), l’Union socialiste des forces populaires (USFP, 26 sièges) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS, 19 sièges), soit 207 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
Désignée cheffe du gouvernement par le Roi Mohammed VI, conformément à l’article 47 de la Constitution marocaine de 2011, Fatima Ezzahra El Mansouri a conduit les consultations avec les partis représentés au Parlement. Le Roi a ensuite nommé les membres du nouveau gouvernement le 16 octobre.
Ce processus permet de comprendre une première différence entre les trois pays : le gouvernement marocain se construit à partir du résultat des élections législatives et des négociations entre les formations politiques. Mais cette logique ne s’applique pas de la même manière en Algérie et en Tunisie.
En Algérie, la Constitution distingue deux types de majorité
En Algérie, les élections législatives du 2 juillet 2026 ont renouvelé l’Assemblée populaire nationale (APN). Les résultats définitifs ont été proclamés le 18 juillet par la Cour constitutionnelle. Trois partis favorables au pouvoir, le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et le Front El-Moustakbel, ont obtenu ensemble 221 des 407 sièges.
La formation du gouvernement relève toutefois d’un mécanisme constitutionnel qui ne se limite pas à la recherche d’une coalition parlementaire. La Constitution révisée en 2026, notamment ses articles 103 à 110, distingue deux situations.
Dans le premier cas, lorsque les élections font émerger une majorité présidentielle, le président de la République nomme un Premier ministre. Celui-ci est chargé de proposer un gouvernement et d’élaborer un plan d’action destiné à mettre en œuvre le programme présidentiel. Ce plan est soumis à l’approbation de l’APN.
Dans le second cas, lorsque les élections dégagent une majorité parlementaire distincte de la majorité présidentielle, le président désigne un chef du gouvernement issu de cette majorité. Celui-ci doit former son équipe et élaborer un programme correspondant à la majorité parlementaire. La Constitution lui accorde un délai de 30 jours pour former son gouvernement.
La distinction entre Premier ministre et chef du gouvernement traduit ainsi deux configurations politiques différentes. Dans le premier scénario, l’exécutif s’organise autour du programme présidentiel. Dans le second, la majorité parlementaire dispose d’un rôle déterminant dans la désignation du chef du gouvernement et l’élaboration de son programme. La Constitution ne prévoit toutefois pas que tous les ministres appartiennent aux partis qui la composent.
Les résultats des dernières législatives, avec 221 sièges remportés par trois partis favorables au pouvoir, indiquent une majorité de soutien au président. Cette configuration correspond au premier scénario si elle se traduit institutionnellement par une majorité présidentielle. Il convient néanmoins de distinguer l’orientation politique des partis de la qualification constitutionnelle formelle de la majorité.
En Tunisie, le président est au centre de la formation du gouvernement
La Tunisie fonctionne selon une logique différente depuis l’entrée en vigueur de la Constitution du 25 juillet 2022.
L’article 101 prévoit que le président de la République nomme le chef du gouvernement et, sur proposition de celui-ci, les autres membres de l’équipe gouvernementale. L’article 102 lui permet de mettre fin aux fonctions du gouvernement ou de l’un de ses membres, de sa propre initiative ou sur proposition du chef du gouvernement. Le président dispose du pouvoir de nomination et joue un rôle central dans la conduite de l’exécutif.
Le Parlement tunisien conserve ses fonctions législatives et de contrôle, mais le mécanisme de formation du gouvernement n’est plus celui de la Constitution de 2014, qui accordait une place centrale aux négociations parlementaires et à l’investiture gouvernementale. Cette évolution marque un recentrage du pouvoir exécutif autour de la présidence.
Trois systèmes, trois rapports entre les urnes et l’exécutif
La comparaison montre que les élections législatives ne produisent pas les mêmes conséquences institutionnelles dans les trois pays.
Au Maroc, le parti arrivé en tête est appelé à conduire la formation du gouvernement, mais les négociations avec les autres partis peuvent être nécessaires pour réunir une majorité parlementaire.
En Algérie, les résultats déterminent la configuration dans laquelle le gouvernement est formé : autour du programme présidentiel ou autour d’une majorité parlementaire distincte.
En Tunisie, la nomination du chef du gouvernement relève directement du président de la République, sans dépendre de la constitution préalable d’une coalition parlementaire.
Ces différences montrent que la tenue d’élections législatives ne suffit pas, à elle seule, à définir le fonctionnement d’un régime politique. Il faut également examiner la manière dont la Constitution répartit les pouvoirs de nomination, le rôle du Parlement et les conditions dans lesquelles le gouvernement peut exercer ses fonctions.
Source : Maghreb Émergent