LE JOURNAL
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Survenant après la vague migratoire de la fin du mois de juillet, la visite a été l’occasion pour Madrid d’affirmer avec fermeté que le caractère espagnol de Ceuta et Melilla n’était pas négociable. La souveraineté de l’Espagne sur Ceuta et Melilla est « indiscutable », a affirmé le roi Felipe, vivement acclamé par la foule, ajoutant que « Ceuta et Melilla sont indissociables » de l’Espagne.
Dix-neuf ans après la visite du roi Juan Carlos qui avait suscité une crise diplomatique avec le Maroc, le roi Felipe a choisi de réaffirmer la fermeté espagnole en passant la nuit à Ceuta. Il a également adressé un signal fort aux autorités marocaines en entamant sa visite par un hommage au cimetière musulman de Ceuta aux victimes anonymes de la traversée vers l’enclave.
La vague migratoire de la fin juillet a mis dans une situation de faiblesse le gouvernement de Pedro Sánchez , qui a essuyé de vives critiques allant jusqu’à l’accusation de trahison. La grande majorité des Espagnols considèrent cette vague migratoire comme une « invasion » orchestrée par les services marocains, tandis que les moins virulents mettent en cause la passivité inexplicable des services de sécurité du Royaume.
La thèse selon laquelle il s’agirait d’une opération des services marocains ayant fini par leur échapper prévaut largement en Espagne. Le thème de Ceuta est ainsi devenu central pendant des semaines dans la vie politique espagnole, avant d’être supplanté par la crise du logement, tout en restant un sujet puissant pour la droite espagnole dans la pré-campagne pour les élections générales prévues le 29 novembre prochain.
L’hommage aux « martyrs du passage »
Dans ce contexte, le communiqué des membres de la société civile marocaine semble venir compenser le profil bas adopté par le Maroc officiel, aussi bien sur les accusations d’avoir mené une attaque hybride contre l’Espagne que sur cette visite hautement politique du couple royal.
Les signataires estiment que ce déplacement s’inscrit dans une « logique d’hégémonie coloniale » qui contredit directement les principes fondateurs du bon voisinage et du respect mutuel entre les deux nations riveraines du Détroit. Les signataires évoquent également un « contraste saisissant » entre le discours européen officiel vantant la justice, la liberté et l’anticolonialisme, et le maintien de ce qu’ils qualifient de séquelle historique d’une époque révolue.
Tout en rendant un hommage appuyé aux « martyrs du passage » vers Sebta, le communiqué exhorte les forces démocratiques espagnoles et européennes à dépasser les postures héritées du passé pour s’engager dans un dialogue constructif et responsable, susceptible de clore définitivement ce contentieux territorial.
Rejet du « fait accompli colonial »
Sur le plan institutionnel, le texte réaffirme sans ambiguïté l’appartenance marocaine de Sebta, Melilla ainsi que des îles avoisinantes. Rejetant toute tentative visant à imposer un « fait accompli colonial », il invite l’État marocain à structurer une « stratégie nationale globale et clarifiée » s’appuyant sur l’ensemble des leviers politiques, diplomatiques et juridiques internationaux par des voies pacifiques.
La liste des signataires réunit un parterre varié d’acteurs de premier plan. Outre l’ancien garde des Sceaux El Mostapha Ramid, le texte est également signé par l’ancien bâtonnier Abderrahmane Benameur, ex-président de l’Association des Barreaux du Maroc et de l’AMDH, et l’ancien bâtonnier Abderrahim Jamaï.
On y trouve également Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’AMDH et lauréate du Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme, l’écrivain et ancien détenu politique Ahmed Marzouki, ainsi qu’Adil Tchikitou, président de la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’homme. La déclaration regroupe enfin plusieurs organisations majeures, dont l’AMDH, la LMDDH, Transparency Maroc, le Forum Marocain pour la Vérité et la Justice, ainsi que plusieurs coalitions spécialisées de la société civile.
Source : Maghreb Émergent