LE JOURNAL
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Ekperikpe Ekpo présidait lundi à Moscou la 28e réunion ministérielle du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), préparatoire au sommet des chefs d’État. En marge des travaux, il a qualifié le gazoduc transsaharien (TSGP) de « projet prioritaire » dans une déclaration à l’APS, rappelé sa visite en Algérie quelques mois plus tôt et annoncé que son pays réaliserait la conduite reliant le sud au nord du Nigeria. Il a aussi indiqué qu’environ quatre décisions finales d’investissement avaient été prises avec des compagnies nationales et internationales pour augmenter la production de gaz.
L’ouvrage court sur 4 128 kilomètres entre Warri, dans le sud du Nigeria, et le centre gazier de Hassi R’Mel, dont 841 kilomètres au Niger. Sa capacité cible est de 30 milliards de mètres cubes par an, avec une première phase à 20 milliards annoncée le 12 octobre à Riyad par le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab.
Depuis Hassi R’Mel, le gaz peut emprunter TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne , ce qui épargne à Alger la construction d’un nouvel ouvrage d’exportation. Le ministère algérien chiffre l’enveloppe globale entre 12 et 18 milliards d’euros, loin des 25 milliards de dollars que réclame le gazoduc Nigeria-Maroc pour un tracé atlantique de près de 6 900 kilomètres.
L’avance sur Rabat se compte en années. La filiale OMCo de l’ONHYM marocain prévoit de mettre en service le tronçon nord du gazoduc atlantique en 2031, et le tronçon central, celui qui doit raccorder les gisements nigérians, n’est pas attendu avant 2036 .
L’économiste Omar Berkouk estime entre 75 et 80 % les chances de réussite du transsaharien, contre 30 à 40 % pour son concurrent, et relevait en juillet que l’accord intergouvernemental de Freetown ne levait pas l’hypothèque des 25 milliards de dollars. Cette avance porte sur l’accès au gaz nigérian, pas sur le débouché européen, où l’Algérie pèse déjà 18,2 % des importations de l’Union par gazoduc au deuxième trimestre 2026 selon Eurostat, derrière la seule Norvège, et où le tronçon nord atlantique pourra se présenter dès 2031 avec du gaz sénégalais et mauritanien.
Un tronçon nigérien encore au stade des relevés
Côté algérien, les travaux ont été lancés le 4 juin à Aoulef , dans la wilaya d’Adrar, au lendemain de la validation par la cinquième réunion ministérielle de l’étude de faisabilité actualisée du cabinet britannique Penspen. Côté nigérien, les relevés topographiques ont commencé en octobre , et le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, annonçait en juin l’ouverture du chantier pour le début de 2027 . Tant que la traversée du Niger n’est pas achevée, le tronçon algérien ne peut acheminer aucun gaz nigérian. Aucune date de mise en service n’a été annoncée officiellement, et l’étude Penspen n’a débouché ni sur un calendrier définitif ni sur une décision finale d’investissement.
Sécurité et financement, deux verrous encore ouverts
Pour sécuriser le couloir nigérien, Alger a choisi la voie militaire. Le Parlement a approuvé dimanche, à huis clos, la notification présidentielle du 22 octobre sur l’envoi d’unités de l’ANP au Niger, à l’unanimité au Conseil de la nation et à la majorité absolue des présents à l’APN selon les communiqués des deux chambres. Le président Tebboune a acté la décision lundi, à la demande des autorités nigériennes, afin d’assurer la protection des « intérêts énergétiques et économiques communs ».
Ce vote suit la livraison de quatre hélicoptères à Niamey le 9 août, puis l’arrivée des quatre Su-30 le 30 août, au lendemain d’une tentative de mutinerie déjouée. Les communiqués ne nomment pas les intérêts à protéger. L’expert Bassem Laredj y voit ceux de Sonatrach, dont la filiale ENAFOR a lancé le 13 août le forage de Kafra Sud-Est 1 , à 85 kilomètres de la frontière algérienne.
Rien n’indique pour l’heure que ces sites entrent dans le périmètre de la mission, ni que la conduite elle-même soit visée. Dans le nord nigérien, la ville d’Assamaka subit des attaques jihadistes à quinze kilomètres de la frontière algérienne, rapporte l’AFP, alors que le cabinet américain NARCO jugeait en décembre 2025 les craintes sécuritaires « exagérées » , la conduite étant enfouie et seules les stations de compression restant vulnérables.
Le montage financier, lui, restait en négociation en août entre Alger, Abuja et Niamey. La Banque africaine de développement se disait prête dès mai à financer le projet et invitait l’Algérie à en prendre la direction, tandis que l’APPO mise sur la Banque africaine de l’énergie pour la suite.
À Bruxelles, le règlement sur le méthane obligera dès le 1er janvier 2027 les importateurs à prouver que le gaz acheté a été produit sous un régime de mesure des émissions équivalent à celui de l’Union. Le commissaire à l’Énergie, Dan Jørgensen, a dit le 25 septembre étudier un report d’un an de ce volet, sans rien préciser du plafond d’intensité de méthane applicable aux contrats signés ou renouvelés à compter du 5 août 2030. Le calendrier européen sur le gaz russe est, lui, déjà fixé, avec une interdiction par gazoduc sous contrat de long terme à compter du 30 septembre 2027 et au plus tard le 1er novembre 2027.
Source : Maghreb Émergent