LE JOURNAL
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L’Algérie ne subit plus les secousses du marché mondial de l’énergie : elle les transforme en levier. C’est en tout cas le constat de Mourad Kouachi, professeur d’université et expert en économie. Selon lui, les bouleversements géopolitiques de ces dernières années – conséquences du Covid-19, guerre russo-ukrainienne, tensions au Moyen-Orient et perturbations liées au détroit d’Ormuz – ont rebattu les cartes de l’approvisionnement énergétique mondial et offert à l’Algérie une occasion rare de consolider sa position.
Par Kahina Ait Yahia «L’Algérie compte parmi les pays qui ont tiré parti des mutations des marchés énergétiques depuis 2020», résume l’expert. Une position renforcée notamment sur le marché européen, où le pays est devenu le deuxième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne, derrière la Norvège. Mieux : l’Algérie a élargi ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers plusieurs marchés, dont les marchés asiatiques, témoignant d’une présence internationale en expansion. Pour Mourad Kouachi, les gains de l’Algérie ne se limitent pas à l’augmentation de ses parts à l’export. Ils tiennent aussi aux recettes tirées de la hausse des prix des hydrocarbures. «Le pays a bénéficié de pics pétroliers qui ont dépassé la barre des 100 dollars le baril lors de certaines périodes de turbulences, ainsi que de la hausse des prix du GNL», précise-t-il. Des rentrées supplémentaires et des excédents financiers qui ont contribué à alléger la pression sur le budget de l’État. Mais l’enjeu principal, estime l’économiste, dépasse la simple manne conjoncturelle. Il s’agit de mettre à profit cette conjoncture pour renforcer les capacités de production et élargir le réseau de partenariats internationaux. «Le pays enregistre en moyenne une seizaine de découvertes par an dans les secteurs pétrolier et gazier», avance-t-il, un rythme qui témoigne d’un potentiel encore largement à valoriser.
Des recettes, mais surtout des capacités Sonatrach, elle, ne reste pas les bras croisés. Selon Mourad Kouachi, la compagnie nationale a étendu sa coopération avec des acteurs énergétiques mondiaux, notamment italiens, américains et chinois – à l’image de Sinopec – ainsi qu’avec des entreprises saoudiennes, dans l’exploration, la production et le développement de champs. Des partenariats qui, selon lui, «favorisent l’attrait des investissements et le transfert de savoir-faire et de technologies». L’Algérie ne mise plus uniquement sur le baril et le mètre cube. La stratégie énergétique nationale s’oriente résolument vers la diversification, avec les énergies renouvelables – et notamment l’hydrogène vert – en tête de gondole. Les projets de Corridor Sud de l’hydrogène, reliant l’Algérie à la Tunisie puis à l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, pourraient à terme offrir au pays, selon l’expert, «une position de premier plan sur le marché de l’énergie propre», lui permettant de diversifier ses exportations et de renforcer sa présence dans le système énergétique européen. À l’échelle africaine, l’Algérie cherche également à étendre son influence énergétique sur le continent, en particulier au Sahel, à travers les projets d’exploration et de production menés par Sonatrach et la contribution de Sonelgaz au développement de centrales électriques dans plusieurs pays africains. Le projet de gazoduc transsaharien – reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger – s’inscrit dans cette ambition de renforcer l’interconnexion énergétique africaine et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’exportation de gaz vers l’Europe. Cette orientation traduit, selon Mourad Kouachi, un changement d’approche : l’Algérie ne se contente plus d’exporter des hydrocarbures, elle met sa position et ses atouts énergétiques au service de partenariats économiques et géopolitiques plus larges, avec l’Union européenne comme avec les pays africains, mais aussi avec de grandes puissances économiques telles que la Chine, les États-Unis, l’Italie et l’Arabie saoudite. L’énergie devient ainsi un instrument de rayonnement diplomatique et économique, et non plus seulement une source de revenus. En définitive, les turbulences géopolitiques qui ont remodelé les marchés énergétiques mondiaux ont donné à l’Algérie l’occasion de consolider sa place sur la carte de l’approvisionnement international. Mais la pérennité de ces acquis dépend, selon l’expert, de sa capacité à dépasser la logique de l’aubaine conjoncturelle liée à la flambée des prix, pour accroître ses capacités de production, accélérer les investissements, diversifier son économie et développer les énergies renouvelables. Car le poids énergétique d’un pays ne se mesure pas uniquement au volume de ses exportations et de ses recettes, mais aussi à sa faculté de transformer ses ressources naturelles en puissance économique et en influence stratégique durables.
K. A. Y.
Source : Le Jour d’Algérie