Aux portes de l’hiver et dans un contexte de grogne sociale et d’une perturbation des marchés énergétiques affectés par la crise dans le détroit d’Hormuz, la France d’Emmanuel Macron s’est tournée vers Alger – dont les relations avec Paris sont en berne – qu’elle sollicite pour sécuriser en urgence ses approvisionnements en pétrole et en gaz naturel liquéfié.
La France a sollicité l’Algérie pour qu’elle augmente les cargaisons de pétrole et de gaz naturel liquéfié dès que possible, selon des sources informées, parallèlement aux protestations actuelles qui affectent les marchés de l’énergie, et aux démarches de Paris pour sécuriser des approvisionnements supplémentaires auprès de sources alternatives.
Selon des révélations exclusives de la plateforme médiatique américaine « Attaqa », spécialisée dans les marchés de l’énergie, qui a cité des sources bien informées, Paris a contacté l’Algérie pour demander d’augmenter, en urgence, ses livraisons en pétrole et en GNL (gaz naturel liquéfié) et ce dans le cadre de ses efforts visant à sécuriser ses besoins énergétiques. En effet, la France subit de plein fouet la crise du détroit d’Ormuz à cause du blocage des exportations d’hydrocarbures de plusieurs pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Irak. Il faut savoir que 20 % de la consommation mondiale du pétrole brut et du GNL transitent par ce canal hautement stratégique et qui tombe sous le contrôle de l’Iran dans son bras de fer avec les États-Unis. Cette demande de la France est faite simultanément à l’urgente tournée du président Emmanuel Macron dans quatre pays du Golfe, notamment le Koweït, les Émirats, le Bahreïn et le Qatar. La pérégrination du chef de l’Élysée intervient dans un contexte intérieur très tendu avec les manifestations populaires contre la vie chère. Macron est parti en quête d’une sécurisation des approvisionnements en énergie dans le but de faire baisser les prix des carburants qui explosent à la pompe. Il est question de solliciter des livraisons en gasoil et en kérosène.
L’Algérie accèdera-t-elle à la demande française d’approvisionnement en pétrole et en GNL ? La réponse à cette question devra attendre les prochains jours, voire même les heures. Selon les sources qui se sont confiées à « Attaqa », l’Algérie est en capacité d’augmenter les livraisons de pétrole vers la France à l’heure actuelle, tandis que les approvisionnements en GNL pourraient buter sur des contraintes liées aux engagements contractuels du groupe Sonatrach envers d’autres clients. Une contrainte qui « limite » les capacités de l’Algérie à « fournir rapidement » des quantités supplémentaires, explique la même source. En tout cas, l’Algérie est réputée auprès de ses clients européens traditionnels, comme l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, comme un fournisseur énergétique sûr et fiable et est capable de soutenir les besoins du marché européen en pétrole et en gaz.
Les exportations de pétrole et de GNL algériens vers la France
Selon les données reprises par « Attaqa » sur les exportations de pétrole et de gaz algériens vers la France, publiées en juin 2026, l’intérêt de Paris en tant que marché principal pour le brut et les produits pétroliers algériens est croissant, car les livraisons faites par voie maritime ont enregistré un bond notable en avril 2026, plaçant la France en tête de liste des plus grands importateurs de pétrole algérien. Selon ces récentes données, les exportations de pétrole algérien vers le marché français ont augmenté d’environ 96 000 barils par jour en avril dernier, pour atteindre 138 000 barils par jour, contre 43 000 en mars 2026. Les cargaisons ont également enregistré une croissance annuelle de 14 %, avec une augmentation de 17 000 barils par jour, par rapport à environ 121 000 barils par jour en avril 2025, ce qui reflète l’augmentation des flux algériens vers le marché français durant le mois sous observation. Les mêmes données font apparaitre que la France a capté environ 15 % du total des exportations algériennes de pétrole au cours du mois d’avril 2026, qui se sont élevées à 903 000 barils par jour, devançant ainsi la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis et l’Italie dans la liste des principales destinations importatrices de brut et de produits dérivés algériens.
Concernant le GNL, la même source a relevé que « la France fait face à un défi différent concernant le dossier, car la capacité à augmenter les exportations de pétrole ne signifie pas nécessairement la possibilité de fournir des quantités supplémentaires de gaz à la même vitesse, en raison de la différence entre les arrangements d’approvisionnement et les contrats des deux marchés. » Citant des sources à Sonatrach, « Attaqa » a affirmé que l’Algérie pourrait ne pas être « en mesure d’augmenter rapidement » les cargaisons de GNL pour la France, compte tenu de ses engagements contractuels avec d’autres clients, ce qui pourrait limiter sa réponse à la demande française, même si l’Algérie est prête à examiner une augmentation des fournitures de pétrole. Ces restrictions traduisent ainsi l’importance des contrats à long terme dans le commerce du GNL, « car les cargaisons sont liées à des dates de livraison et à des quantités convenues à l’avance, ce qui fait du transfert des approvisionnements vers un nouvel acheteur ou de l’augmentation des quantités disponibles un processus nécessitant des arrangements ».
Farid Guellil
Source : Le Courrier d’Algérie