LE JOURNAL
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L’Algérie, pionnière dans l’industrie gazière, figure dans le top 10 des plus grands producteurs au monde et se place à la deuxième position des fournisseurs de l’Europe par gazoducs. Deux ans après avoir abrité le 7e sommet du Forum des pays exportateurs (GECF) à l’issue duquel la « Déclaration d’Alger » a consacré la place stratégique du gaz naturel comme source d’énergie propre, abondante, flexible et abordable pour la sécurité énergétique mondiale, l’Algérie se retrouve, à Moscou, aux côtés des pays membres de l’organisation dans le cadre du 8e sommet au niveau des chefs d’État et de gouvernement. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui s’est fait représenter par le Premier ministre Sifi Ghrieb à ce rendez-vous, a adressé un message aux participants, dans lequel il a mis en lumière le contexte dans lequel l’industrie du gaz naturel évolue, tiraillée notamment entre l’impérieuse nécessité de garantir la sécurité énergétique et les exigences de la transition vers des énergies renouvelables, durables et propres, le tout sur fond de profondes mutations géopolitiques en cours dans le monde. Dans son allocution lue en son nom par Ghrieb, le président Tebboune a qualifié le 8e sommet du GECF de « tournant décisif pour les marchés mondiaux de l’énergie », relevant que « les crises successives ont révélé une résilience remarquable de l’industrie gazière, et ont prouvé que le gaz naturel n’est pas un choix conjoncturel passager, mais un pilier solide pour les économies des nations. » S’il l’élaboration des politiques énergétiques demeure un droit souverain pour chaque pays, le Président a mis en garde contre « les législations fluctuantes qui accentuent l’instabilité des marchés, freinent l’investissement et mettent la sécurité des approvisionnements en péril. » Il a expliqué à ce titre que « l’injection de milliards de dollars dans les infrastructures gazières nécessite des cadres réglementaires stables et une valorisation équitable du gaz, notamment dans le cadre des contrats à long terme. » C’est pourquoi il a appelé à un dialogue constructif couvrant la voie à l’élaboration d’un cadre réglementaire consensuel qui garantit la sécurité des investissements et les oriente vers les régions qui en ont le plus besoin. Un « allié » pour la transition énergétique Abordant la transition énergétique qui se veut juste, graduelle et inclusive, comme source d’énergie représentant un héritage pour toute l’humanité, le Président a réaffirmé que le gaz naturel apparait comme un « allié naturel » des énergies renouvelables qui ne constitue pas un obstacle à cette transition, soulignant que le gaz garantit la stabilité des systèmes électriques, contribue à la réduction des émissions de CO2 et empêche le retour vers des sources plus polluantes. Concernant la sécurité énergétique mondiale, le Président estime que celle-ci doit répondre à un certain équilibre qui requiert comme éléments « une demande prévisible, des approvisionnements sûrs et un revenu juste et à la hauteur de la valeur de la ressource et les investissements engagés » et ce « afin de garantir la durabilité des approvisionnements et d’équilibrer les exigences du développement économique et social avec les objectifs climatiques, tout en respectant le principe des responsabilités partagées mais différenciées et des capacités nationales respectives ». Un pari, a-t-il souligné, qui ne sera gagné sans la technologie et de l’innovation. Pour ce faire, il a appelé le GECF, à travers l’Institut de recherche sur le gaz (GRI) qui siège à Alger, à « jouer un rôle plus profond dans la diffusion des techniques de réduction des émissions, de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, et d’amélioration de l’efficacité énergétique, tout en exploitant la numérisation et l’intelligence artificielle ». « Nous sommes pionniers dans l’industrie gazière » Mettant en avant les réalisations nationales qui remontent aux premières années de l’indépendance, le Président a affirmé que « l’Algérie a été pionnière dans l’industrie gazière depuis la mise en place du complexe d’Arzew en 1964, le premier complexe de liquéfaction de gaz naturel au monde ». Des acquis qui ont propulsé le pays à figurer sur la liste des dix plus grands producteurs de gaz au monde, outre la position de deuxième fournisseur de l’Union européenne par gazoducs, tandis qu’il fournit du GNL (gaz naturel liquéfié) à de nombreux pays à travers le monde. « Ce n’est là que le fruit d’une fiabilité inébranlable même dans les circonstances les plus sombres, et d’une fidélité constante à nos engagements, l’Algérie a été et restera un fournisseur sûr et fiable », a-t-il insisté. Sur le plan national, l’Algérie, a assuré le Président, « avance à pas sûrs vers la concrétisation d’une stratégie ambitieuse de transition énergétique, plaçant les énergies propres et renouvelables comme un pilier fondamental pour réaliser un essor économique durable. » Il a, dans ce sens, ajouté que « soucieuse de concilier notre souveraineté sur nos ressources et les exigences d’un marché mondial en pleine croissance, l’Algérie a lancé de grands projets structurants, au premier rang desquels le projet de Gara Djebilet, l’une des plus grandes réserves de fer au monde, et le projet intégré de phosphate, qui valorisent nos ressources gazières, renforcent nos capacités d’exportation et servent la sécurité alimentaire mondiale. » Le « South2 Corridor » et le « TSGP » Sur la question de la transition à l’échelle nationale, « l’Algérie s’est engagée avec détermination dans une transition énergétique juste et ordonnée, conciliant les impératifs du climat, la souveraineté nationale et la sécurité énergétique », a dit le Président, faisant part du programme national de production de 15 000 mégawatts d’énergies renouvelables, avec une enveloppe d’environ 22 milliards d’euros à l’horizon 2035. Concernant l’hydrogène vert, « l’Algérie ambitionne également de devenir un acteur majeur dans ce domaine », a-t-il mis en avant, rappelant le mégaprojet « South2 Corridor » que notre pays s’est engagé à réaliser avec ses partenaires européens et le voisin tunisien. Un projet qui permettrait au pays d’exporter du gaz, de l’électricité, de l’ammoniac et de l’hydrogène, et de consolider sa position de centre énergétique transcontinental. À l’échelle du continent, l’Algérie s’est engagée dans le projet de gazoduc transsaharien (TSGP) qui franchit d’importantes étapes. Disposant d’une capacité d’exportation estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, le TSGP « incarne une vision commune pour une Afrique unie, souveraine de ses décisions, et une coopération Sud-Sud qui fait du gaz un levier pour éradiquer la pauvreté énergétique et réaliser le développement durable », a plaidé le Président, réaffirmant l’engagement de l’Algérie à mobiliser son expertise pour la réussite de ce mégaprojet prévue sur le tracé Nigéria – Niger – Algérie vers l’Europe. Par ailleurs, le chef de l’État a appelé le GECF à renforcer la coopération entre ses pays membres et ce « pour garantir la stabilité des marchés et la sécurité des approvisionnements face aux tensions géopolitiques ». Farid Guellil
Source : Le Courrier d’Algérie