LE JOURNAL
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La libération de Lina Attalah, à la suite d’une mobilisation immédiate et remarquable pour payer la « rançon » qui lui a été imposée à l’issue d’un procès expéditif et inique, suscite du soulagement. Cette réaction de résistance par les moyens légaux possibles de la société civile égyptienne est l’élément positif à retenir dans un pays où la répression des médias par voie judiciaire est de plus en plus pesante.
La condamnation de Lina Attalah, prononcée en une seule audience le 27 octobre 2026 par le tribunal de première instance du Nouveau Le Caire, avait soulevé une vague d’indignation nationale et internationale.
Poursuivie pour « gestion d’un site web sans licence » , alors même que Mada Masr œuvrait en vain à obtenir cette autorisation auprès des autorités depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la presse de 2018 , la journaliste s’était vu infliger la peine maximale : 3 millions de livres d’amende, la fermeture du site, la confiscation du matériel et une détention immédiate.
Un simulacre de procès, marqué par le refus du juge d’accorder un délai à la défense et l’imposition arbitraire d’un avocat commis d’office, a suscité rapidement une mobilisation générale.
Syndicats, figures de la société civile, organisations de défense des droits humains et lecteurs ont uni leurs voix et leurs efforts pour réunir la somme exigée et contraindre l’appareil judiciaire à relâcher la directrice de Mada Masr.
Un sursaut qui démontre que, malgré des années de pressions et de restrictions prophylactiques ou draconiennes, la société égyptienne conserve du répondant et une solidarité active pour défendre ses derniers espaces d’expression indépendants.
Une escalade répressive
Si la libération de Lina Attalah est une bouffée d’oxygène, la situation reste sombre. Le jugement a ordonné la fermeture pure et simple de « Mada Masr », déjà soumis à un blocage en ligne mis en œuvre par les services de sécurité depuis près de dix ans.
Le syndicat des journalistes égyptiens, par la voix de son président Khaled El-Balshy, a annoncé son intention de faire appel de cette décision inique, dénonçant un climat de plus en plus hostile à toute forme de journalisme libre et critique.
Des organisations internationales, telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé cette offensive contre la liberté de la presse en Égypte, soulignant l’hypocrisie de lois sur les licences utilisées comme des outils de censure préalable.
Le sort alarmant des journalistes de la plateforme « Matsadaash »
Cette attaque frontale contre Mada Masr s’inscrit dans un contexte de verrouillage global de l’information. Alors que Lina Attalah recouvrait la liberté, le Parquet de la sûreté de l’État décidait au même moment de prolonger de quinze jours la détention provisoire des six journalistes de la plateforme de vérification des faits « Matsadaash ».
Arrêtés fin septembre, ces journalistes, dont cinq sont incarcérés à la prison de Badr 1 et le sixième à celle du Dix de Ramadan, font face à des accusations infondées d’« appartenance à un groupe terroriste, financement de celui-ci et diffusion de fausses nouvelles ». Leurs avocats et les organisations de défense des droits humains ont fait écho aux plaintes des détenus concernant leurs conditions de détention, marquées par des restrictions de visite, l’isolement et les privations matérielles.
Plus grave encore, plusieurs d’entre eux ont affirmé devant le parquet avoir subi des actes de torture et des mauvais traitements pour les contraindre à signer des aveux sous la contrainte lors de leur passage dans les locaux de la Sûreté nationale.
La libération de Lina Attalah grâce à une solidarité collective insuffle un signal d’espoir : la voix des journalistes indépendants en Égypte refuse de s’éteindre. Néanmoins, entre la menace de fermeture définitive pesant sur Mada Masr et l’acharnement judiciaire que subit l’équipe de « Matsadaash », le prix à payer pour exercer un journalisme rigoureux et libre en Égypte est lourd.
Source : Maghreb Émergent