LE JOURNAL
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Des vestiges antiques aux paysages des Hauts-Plateaux, des villes minières aux oasis du Sud, la wilaya de Tébessa dévoile une Algérie discrète, profonde et généreuse. Pendant une dizaine de jours, nous avons sillonné ses contrées, à la rencontre de son histoire, de ses paysages et de ces petits instants de vie qui donnent au voyage toute sa saveur.
Par Hafit Zaouche
Il est des voyages qui nous conduisent vers des destinations célèbres, dont les images ont déjà fait le tour du monde. Et puis il y a ceux qui nous emmènent sur des chemins moins fréquentés, à la découverte d’une Algérie que l’on connaît parfois mal, mais qui possède une richesse insoupçonnée. Notre périple à travers la wilaya de Tébessa appartient à cette seconde catégorie. Nous avons voulu prendre le temps. Le temps de traverser les communes, de découvrir les chefs-lieux de daïra, de nous arrêter devant un paysage, de questionner un habitant et de laisser les routes nous raconter leur histoire. Notre ambition était simple : parcourir les 28 communes de cette vaste wilaya de l’est algérien, pour en saisir l’âme, découvrir ses trésors et donner une place à ces territoires qui restent souvent à l’écart des grands circuits touristiques. Car Tébessa ne se résume pas à une ville ni à quelques monuments antiques. Elle est un territoire de contrastes, une terre de mémoire où les pierres racontent des siècles d’histoire, où les montagnes veillent sur les villages, où les étendues steppiques s’étirent à perte de vue et où, plus au sud, les palmeraies annoncent déjà les portes du Sahara.
Une première escale dans les profondeurs de l’histoire Notre aventure commence dans la ville de Tébessa, chef-lieu de la wilaya. Dès les premiers pas, nous comprenons que nous sommes entrés dans un lieu où le passé n’a jamais vraiment quitté le présent. L’Arc de Caracalla, les remparts byzantins, le temple de Minerve et les vestiges de l’ancienne basilique témoignent de l’importance historique de cette cité. Ici, les pierres ne sont pas de simples témoins silencieux. Elles semblent porter la mémoire des civilisations qui se sont succédé, des peuples qui ont traversé cette région et des générations qui ont construit leur vie à l’ombre de ces monuments. Devant ces vestiges, on ne peut s’empêcher de penser au temps qui passe. Des siècles nous séparent de ceux qui ont façonné ces lieux, mais leurs traces demeurent. Et c’est peut-être là l’une des émotions les plus fortes du voyage : sentir que l’Algérie possède une profondeur historique immense, parfois encore trop peu connue du grand public. Mais nous ne voulions pas découvrir Tébessa uniquement à travers ses monuments. Nous voulions aussi la vivre, la respirer et la rencontrer dans sa quotidienneté.
Dix jours pour vivre la ville de l’intérieur Pour les besoins de ce reportage, nous avons passé une dizaine de jours dans la wilaya, en séjournant dans trois établissements hôteliers situés au chef-lieu : Mehaya Palace, l’hôtel Al Ahram et l’hôtel Al Amir. Ces différents séjours nous ont permis de prendre nos repères, de nous imprégner de l’atmosphère de la ville et de préparer nos escapades vers les autres contrées de la wilaya. Mais le voyage ne s’arrêtait pas au retour de nos excursions. Bien au contraire, une autre découverte commençait lorsque le soir tombait. Nous aimions alors déambuler dans les ruelles de Tébessa, sans toujours chercher une destination précise. Nous nous arrêtions dans les cafétérias populaires pour savourer un bon café ou un thé, observer les conversations qui s’animaient autour des tables et écouter, parfois simplement, le murmure de la vie locale. Ces moments avaient une saveur particulière. Ils nous rappelaient que la découverte d’une région ne passe pas uniquement par les sites historiques ou les paysages spectaculaires. Elle se fait aussi dans un café partagé, un sourire échangé, une discussion improvisée ou un plat dégusté dans un restaurant de quartier. Nous avons ainsi eu le plaisir de découvrir plusieurs bonnes adresses où la cuisine locale occupait une place de choix. Ces repas, comme ces pauses autour d’un verre de thé, sont devenus une partie intégrante de notre aventure. Ils nous ont rapprochés de cette Algérie quotidienne, généreuse et accueillante, qui se dévoile à ceux qui prennent le temps de s’y attarder. Le soir, dans les rues de Tébessa, nous ne cherchions plus seulement des lieux à photographier. Nous cherchions à comprendre une ville, à en ressentir le rythme et à conserver ces petites impressions qui, au retour, deviennent souvent les plus beaux souvenirs.
D’une commune à l’autre, une Algérie aux multiples visages Au fil des kilomètres, notre regard s’est élargi. Chaque étape apportait une nuance nouvelle à notre découverte. À El Kouif, l’histoire minière invite à s’interroger sur les hommes et les femmes qui ont vécu au rythme de l’exploitation du sous-sol. Dans cette partie de la wilaya, le patrimoine industriel et la mémoire du travail méritent eux aussi d’être racontés. Du côté de Morsott, les paysages et les traces archéologiques rappellent que ces territoires recèlent encore des lieux peu connus, qui gagneraient à être mieux documentés et valorisés. À El Ma Labiodh, le patrimoine ancien lié à la production de l’huile d’olive ouvre une fenêtre sur les activités agricoles et les échanges d’autrefois. Plus loin, El Aouinet et Ouenza évoquent la longue histoire des ressources minières et leur influence sur le développement des localités. À Ouenza, la montagne de fer constitue un repère puissant, à la fois géographique, économique et humain. Derrière l’industrie, il y a des générations de travailleurs, des familles et des histoires personnelles qui méritent de trouver leur place dans le récit touristique. Bir Mokkadem nous ramène vers les paysages de l’intérieur, tandis que Bir El-Ater nous rapproche d’un passé préhistorique qui confère à cette région une importance particulière. Dans les environs d’El Ogla et d’Oum Ali, ce sont aussi les paysages, la vie rurale et la mémoire des lieux qui invitent à la découverte. Et puis vient le Sud, avec Négrine, ses palmeraies et son vieux ksar. L’atmosphère change progressivement. Les horizons prennent une autre dimension et la présence des palmiers annonce un monde où les traditions oasiennes occupent une place essentielle. Les traces antiques de la région rappellent, là encore, que le Sahara et ses abords ne sont pas des espaces vides, mais des terres habitées, traversées et façonnées par l’histoire. À Chéria, notre parcours nous ramène vers les Hauts-Plateaux et les traces anciennes de la présence humaine. D’une localité à l’autre, le voyage nous apprend à regarder autrement cette partie de l’Algérie Toutes les communes ne possèdent pas nécessairement un monument spectaculaire ou un site aménagé pour recevoir les visiteurs. Mais chacune peut révéler une histoire, une tradition, un paysage ou une personnalité. C’est précisément ce qui rend cette exploration intéressante : comprendre que le patrimoine ne se limite pas aux lieux déjà célèbres.
Le tourisme, c’est aussi l’art de raconter Au terme de ces journées, une conviction s’est renforcée : la wilaya de Tébessa possède des atouts qui méritent une meilleure visibilité. Son héritage antique, ses sites préhistoriques, son histoire minière, ses paysages, ses oasis et sa culture locale pourraient nourrir des itinéraires complémentaires, capables d’attirer des visiteurs aux centres d’intérêt variés. Mais pour transformer ces richesses en véritables expériences de voyage, il faut aussi travailler sur leur connaissance, leur protection, leur accessibilité et leur mise en valeur. Un site historique a besoin d’être identifié, expliqué et préservé. Un paysage mérite d’être respecté. Une tradition gagne à être racontée par ceux qui la font vivre. Le tourisme ne consiste pas seulement à montrer un lieu sur une carte. Il consiste à lui donner du sens, à créer une rencontre entre le visiteur et le territoire, à faire naître une émotion qui demeure longtemps après le départ. Et cette émotion, nous l’avons également trouvée dans les gestes ordinaires : un café servi avec chaleur, un repas apprécié, une rue animée à la tombée de la nuit ou la sensation de découvrir une région sans être pressé par le temps.
Une invitation à poursuivre le voyage Notre périple à travers les contrées de Tébessa n’est pas seulement une succession d’étapes géographiques. C’est une invitation à regarder l’Algérie autrement, à s’éloigner des itinéraires habituels et à accorder aux territoires méconnus l’attention qu’ils méritent. Nous sommes partis à la recherche de lieux. Nous en avons découvert bien davantage: des fragments d’histoire, des paysages qui invitent à la contemplation, des traces de vies anciennes et cette hospitalité qui donne au voyage sa dimension humaine. Tébessa ne livre pas tous ses secrets au premier regard. Elle demande du temps, de la curiosité et l’envie de sortir des sentiers les plus fréquentés. Mais à celui qui accepte cette invitation, elle offre une expérience singulière, entre mémoire et découverte, entre immensité des paysages et chaleur des rencontres. Car voyager à travers l’Algérie, ce n’est pas seulement aller d’une ville à une autre. C’est apprendre à regarder, à écouter et à ressentir. Et dans les contrées de Tébessa, chaque route semble nous rappeler qu’il reste encore tant de belles histoires à raconter.
H. Z.
Source : Le Jour d’Algérie