LE JOURNAL
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La dotation de la Protection civile bondit dans le projet de loi de finances 2027. Les autorisations d’engagement passent de 110,45 à 132,86 milliards de dinars, soit 22,4 milliards de plus (+20,3 %). Les crédits de paiement atteignent 118,6 milliards, contre 114,97 milliards en 2026 (+3,2 %), soit plus du double de la croissance de l’ensemble du budget de l’État, qui plafonne à 1,4 %. Les incendies de l’été 2026, notamment à Jijel, sont visiblement passés par là.
Une prise de conscience en dents de scie
Ce geste intervient après plusieurs années d’allocations irrégulières. En 2023, la Protection civile disposait de 79,3 milliards de dinars en crédits de paiement : la dotation aura donc progressé d’environ 50 % en nominal d’ici 2027, hors inflation.
Mais la trajectoire est heurtée. Les engagements passent de 76,7 milliards en 2023 à quelque 101 milliards annoncés pour 2025, puis 110,45 milliards en 2026 et 132,86 milliards en 2027. Le rythme varie du simple au double d’une année à l’autre, ce qui trahit une réaction par paliers plus qu’une planification. L’été 2025, relativement clément (5 289 hectares brûlés, selon le gouvernement), a pu entretenir un sentiment de maîtrise.
Un budget voté n’est cependant pas un budget dépensé. Le taux d’exécution du budget de l’État est tombé à 72 % en 2023, contre 90 % en 2022, avec une exécution particulièrement faible des dépenses d’équipement, selon la Cour des comptes. Or, l’essentiel des crédits de la Protection civile, environ 71 % des paiements prévus en 2027, finance les salaires. L’investissement ne pèse que 16 milliards, alors que c’est lui qui fait la différence face aux flammes : aéronefs, véhicules, casernes. Les délais d’acquisition de ces équipements, entre appels d’offres, contrats internationaux et livraisons, ne sont pas ceux de l’urgence. Cinq ans après les feux de 2021, le pays aligne un parc limité de bombardiers d’eau, sans Canadair, complété par des appareils de l’armée et des avions affrétés.
Rattraper l’imprévoyance, puis prévenir
Le 20 septembre 2026, un Conseil des ministres a arrêté un programme d’urgence en faveur de la Protection civile, avec notamment le recrutement de 2 000 agents et l’acquisition de véhicules d’intervention et d’ambulances. L’exécutif tente ainsi de rattraper une situation qui l’a débordé. Au printemps, il mettait pourtant en avant un Comité national de protection des forêts et un dispositif aérien renforcé, qui n’ont pas empêché l’horreur des 26-27 août à Jije et un bilan de décès tenu officiellement secret, probablement supérieur à 200 personnes. La hausse de 2027 ressemble moins à l’aboutissement d’une stratégie qu’à la correction d’une imprévoyance.
Reste l’essentiel. Donner plus de moyens aux sapeurs-pompiers est une nécessité absolue, mais cela ne suffira pas. La prévention en amont (pare-feux, entretien des massifs, gestion forestière, aménagement des lisières urbaines) relève en grande partie d’autres budgets, dont celui des forêts, que ce projet ne permet pas d’évaluer. Les plans Orsec doivent être actualisés et testés, les ressources humaines formées, la population préparée aux bons réflexes d’évacuation.
Et le risque ne se limite pas aux incendies : le dérèglement climatique alterne désormais feux dévastateurs et crues soudaines, d’une violence cataclysmique. La question n’est donc plus seulement de savoir combien l’État consacre à la protection civile, mais s’il sait passer de la réaction à l’anticipation.
Source : Maghreb Émergent